Terre et Origines
Découvrez l'histoire millénaire de Ker-Huella, un territoire riche en événements et en transformations. Depuis l'époque romaine, où le plateau servait de carrefour stratégique, jusqu'à la construction du manoir au début du XXe siècle, chaque période a laissé son empreinte sur cette terre. Des premiers hameaux médiévaux aux bouleversements des guerres de religion, en passant par la continuité rurale des siècles suivants, Cette chronologie vous invite à explorer les racines profondes et les évolutions successives qui ont façonné Ker-Huella.
Histoire chronologique
Époque Romaine (1er–4e siècles)
Morlaix se situe au croisement de sept voies romaines, reliant plusieurs régions stratégiques. Le plateau de Ker-Huella formait une arrière-pays agricole essentiel.
Haut Moyen Âge (5e–10e siècles)
Le territoire dépendait d'un fief ecclésiastique sous l'autorité de l'archevêque de Dol. La région était principalement rurale et agricole.
Moyen Âge Central (11e–12e siècles)
Construction d'un château par les vicomtes de Léon sur le plateau. Développement de Morlaix avec une ville haute fortifiée et une ville basse commerciale.
Passage au Duché de Bretagne (1187)
Morlaix est pris par les ducs de Bretagne après un siège. Ker-Huella entre dans le domaine ducal.
Époque Gothique (13e–15e siècles)
Morlaix devient une des treize bonnes villes du duché. Apparition probable des hameaux de Kerfraval, Kerangoff et Kerdenter. Raid anglais de 1522 et construction du Fort du Taureau. Consolidation de la paroisse Saint-Martin.
Guerres de Religion (1589)
Morlaix adhère à la Sainte-Union. Administration par le conseil de la Ligue.
Continuité rurale (17e-18e siècles)
Maintien des activités agricoles et des servitudes. Les hameaux sont bien établis.
Histoire parcellaire et apparition du hameau de Kerhuella (19e siècles)
Ker-Huella fait partie d'un grand domaine agricole. En 1856, Kerhuella apparaît clairement sur la Carte d’État‑Major comme un petit hameau rural situé à l’ouest de Saint‑Martin‑de‑Morlaix, confirmant l’existence du lieu bien avant la construction du manoir. Expansion urbaine progressive de Morlaix.
Construction du manoir (Début du XXe siècle)
Édification du manoir Veilhan sur le plateau historique.
Ker‑Huella avant et pendant l’époque romaine

This map situates modern Morlaix within the Roman world as shown on the Tabula Peutingeriana, a medieval copy of the Empire’s road map.
In the 1st–4th centuries, the plateau of Ker‑Huella lay between the Roman towns of Vorgium (Carhaix‑Plouguer) and Condate (Rennes), on a route linking the Armorican hinterland to the coastal ports.
Though Morlaix itself did not yet exist, the land was part of a network of farms and waystations that supplied the Roman settlements inland and along the bay.
Bien avant l’époque romaine, la crête de Ker‑Huella appartenait au territoire des Osismii, un peuple gaulois établi sur l’extrémité occidentale de l’Armorique. Cette hauteur, dominant la vallée de la rivière de Morlaix, faisait partie d’un paysage agricole structuré : clairières, petites enclosures, pâturages et zones de culture qui témoignent d’une occupation continue dès l’âge du Fer. Les Osismii y exploitaient les sols légers de la crête et empruntaient les chemins qui reliaient leurs habitats dispersés aux grands oppida de la région.
Lorsque Rome conquit l’Armorique, cette crête fut intégrée au pagus du hinterland morlaisien. Des arpenteurs romains y tracèrent une voie reliant Vorgium (Carhaix), capitale administrative des Osismii, aux routes côtières menant vers Reginca et Condate. Sous l’administration romaine, les pratiques agricoles se poursuivirent : céréales, pâturages, petites parcelles clôturées — un paysage rural stable, typique de la campagne armoricaine romanisée.
Ainsi, Ker‑Huella porte les traces d’une double continuité : celle des Osismii, premiers occupants de la crête, et celle de l’organisation romaine qui structura durablement les routes, les cultures et les circulations humaines. C’est sur cette longue histoire que se sont ensuite greffés les hameaux médiévaux, puis le manoir.
Un domaine ecclésiastique sur les hauteurs de Morlaix
Entre le 5ᵉ et le 10ᵉ siècle, Ker‑Huella appartient à un vaste fief ecclésiastique placé sous l’autorité de l’archevêque de Dol. Le plateau n’est pas encore un hameau structuré : il s’agit d’un territoire rural composé de champs, de pâtures et de petites exploitations dépendantes du pouvoir religieux. La vie y est rythmée par l’agriculture, la gestion des terres et les obligations envers le domaine ecclésiastique, dans un paysage encore largement forestier et faiblement peuplé.
Contexte historique
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Autorité religieuse dominante : le diocèse de Dol contrôle les terres et les activités agricoles.
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Paysage rural : clairières, pâturages, petites fermes dispersées.
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Population : familles paysannes vivant sous servitudes, travaillant pour le fief.
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Continuité : cette période assure la transition entre l’occupation romaine et la naissance des hameaux médiévaux.

Incursions vikings en Bretagne
Entre le VIIIᵉ et le Xᵉ siècle, la Bretagne subit plusieurs attaques vikings venues de la mer du Nord. Les raids touchent surtout les abbayes, les ports et les vallées fluviales, provoquant destructions, tributs et déplacements de population.
Ces incursions contribuent à la fortification progressive des sites bretons, dont les hauteurs dominant Morlaix, où se développeront plus tard les premières structures seigneuriales.
Cette carte représente les principales incursions vikings en Bretagne entre le VIIIᵉ et le Xᵉ siècle, en indiquant les zones de débarquement, les axes de progression et les sites touchés par les raids. Elle permet de visualiser l’ampleur des attaques venues du nord et leur impact sur les abbayes, ports et vallées fluviales bretonnes.
File:Incursions vikings en Bretagne-fr.svg - Wikimedia Commons

Cette carte illustrée de la Bretagne médiévale, représentant les anciens pays et leurs blasons, provient d’une édition contemporaine inspirée des cartes historiques du duché. Elle est utilisée ici pour situer Morlaix dans le contexte féodal et gothique du Moyen Âge.
Moyen Âge Central
(11e–12e siècles)
Morlaix se structure autour du pouvoir féodal. Les vicomtes de Léon construisent un château sur le plateau dominant la vallée, fixant un premier centre de commandement. La ville se développe alors en deux pôles : une ville haute fortifiée, siège du pouvoir seigneurial, et une ville basse commerciale tournée vers le port et les échanges.
1187, Morlaix bascule dans le domaine ducal. Après un siège mené par les ducs de Bretagne, la ville est intégrée au duché. Le plateau où se trouve Ker‑Huella entre dans les terres ducales, marquant la fin de l’autorité des vicomtes de Léon et l’affirmation d’un pouvoir central plus stable.
Époque Gothique (13e–15e siècles)
Morlaix devient une des “treize bonnes villes”. La cité connaît un essor économique et politique, bénéficiant de son statut privilégié au sein du duché. C’est probablement durant cette période que se forment les hameaux de Kerfraval, Kerangoff et Kerdenter, témoignant d’une occupation rurale plus dense et structurée autour des activités agricoles et artisanales.
Morlaix connaît un essor remarquable. La cité devient l’une des treize bonnes villes du duché, bénéficiant de privilèges commerciaux et d’un rôle politique affirmé auprès des ducs de Bretagne. Cette période voit également la structuration du territoire environnant : les hameaux de Kerfraval, Kerangoff et Kerdenter apparaissent probablement à cette époque, témoignant d’une occupation rurale plus dense, organisée autour des activités agricoles, artisanales et des voies reliant la ville au Léon.
La carte des pays historiques de Bretagne illustre la géographie culturelle héritée du Moyen Âge. Elle situe Morlaix au cœur du Pays de Léon, dans un duché structuré par ses identités régionales, ses diocèses et ses réseaux urbains.


Cette carte montre les villes bretonnes engagées dans les Guerres de Religion. Morlaix adhère à la Sainte‑Union et passe sous l’administration du conseil de la Ligue, dans un contexte de tensions politiques et religieuses qui divisent la région.
À la fin du XVIᵉ siècle, la Bretagne est déchirée par les Guerres de Religion opposant la Sainte‑Union catholique aux partisans du roi Henri IV. Morlaix adhère à la Sainte‑Union et passe sous l’administration du Conseil de la Ligue, tandis que Rennes, Vannes et Quimper soutiennent le pouvoir royal. La ville se trouve dans une zone d’influence complexe : elle dépend du diocèse de Dol, lui‑même contesté entre Ligue et Royalistes. Cette double appartenance explique pourquoi Morlaix apparaît sur les cartes dans la sphère de Dol tout en portant son propre emblème ligueur.
Contexte régional
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Pouvoir religieux : l’archevêché de Dol conserve une autorité spirituelle sur la région.
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Pouvoir politique : la Ligue contrôle plusieurs villes bretonnes, mais son influence s’effrite après 1590.
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Morlaix : bastion ligueur, puis ralliement progressif au roi Henri IV.
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Paysage social : tensions entre noblesse, clergé et bourgeoisie marchande ; la vie rurale continue malgré les troubles.
Carte associée
La carte montre les villes bretonnes selon leur allégeance :
🟥 Villes de la Ligue – Morlaix, Nantes, Guingamp, Saint‑Brieuc
🟦 Villes royalistes – Rennes, Vannes, Quimper
⚜️ Villes contestées – Dol, Saint‑Malo
Morlaix dans les Guerres de Religion (1589)
Cette carte est une estampe dévotionnelle du XIXᵉ siècle représentant le Tro Breiz et les anciens diocèses de Bretagne, conservée dans les collections libres d’accès de Wikimedia Commons.
Histoire parcellaire et apparition du hameau de Kerhuella
Sur la Carte de Cassini, Ker‑Huella apparaît déjà comme un petit hameau établi sur la crête à l’ouest de Morlaix, à la lisière de la ville fortifiée et de son arrière‑pays agricole. Les routes convergent vers le faubourg Saint‑Martin, tandis que le plateau se déploie en pentes boisées, chemins ruraux et parcelles cultivées — un paysage encore façonné par la topographie naturelle et les pratiques agricoles anciennes.
Ce territoire forme alors une zone de transition stratégique entre la cité marchande et les terres de culture, un espace de sources, de voies anciennes et de fermes dispersées. La mention de Ker‑Huella sur cette carte témoigne d’une occupation ancienne du site, bien avant la construction du manoir actuel : un lieu déjà nommé, déjà habité, inscrit dans les réseaux qui structuraient la vie morlaisienne à l’époque moderne.



Ker‑Huella et la Venelle de la Fontaine
This 1833 cadastre map shows the early parcel layout of Ker‑Huella, with narrow plots and houses aligned along the Venelle de la Fontaine and larger agricultural fields extending south toward the Condamine road. It captures the transition from a rural estate landscape to a structured, semi‑urban pattern typical of early 19ᵉ‑century Morlaix.


Sur le cadastre de 1833, Ker‑Huella s’inscrit dans un paysage déjà structuré par des voies anciennes. La Venelle de la Roche, qui longe le bas du domaine, suit l’alignement d’un ancien chemin romain reliant Morlaix à Ploujean. Son tracé, épousant la pente plutôt que la vallée, révèle la logique des routes antiques : contourner les reliefs pour relier les sources et les hameaux.
À cette époque, les parcelles du manoir s’étendent au‑dessus de la venelle, entre terres cultivées et vergers. Le Chemin de la Condamine rejoint la voie romaine à cet endroit précis, formant un carrefour hérité de l’Antiquité. Ce plan cadastral témoigne ainsi de la continuité du site : un territoire où les réseaux romains, les pratiques rurales et l’organisation du XIXᵉ siècle se superposent dans une même géographie vivante.

Histoire parcellaire et apparition du hameau de Kerhuella
En 1856, Morlaix demeure une ville portuaire compacte, entourée de terres agricoles et de domaines manoriaux. La carte d’État‑Major montre Ker‑Huella comme un petit hameau rural établi sur la crête à l’ouest de Saint‑Martin, au cœur d’un paysage encore façonné par les champs, les vergers et les chemins anciens.
Le tracé du chemin vers Guiclan et les hameaux voisins — Kerjourden, Pennalle, Roz‑zantien — révèle une organisation parcellaire héritée du monde rural pré‑industriel. Le réseau ferroviaire n’a pas encore transformé la vallée : la ligne vers Brest ne sera ouverte que dans les années 1860.
Cette carte capture ainsi un moment charnière, juste avant l’expansion urbaine, où Ker‑Huella appartient encore pleinement à la campagne morlaisienne.
Du hameau rural au manoir Belle Époque
À l’aube du XXᵉ siècle, Morlaix entre dans une nouvelle phase de son histoire. La ville, désormais reliée au réseau ferroviaire depuis les années 1860, commence à s’étendre au‑delà de son noyau portuaire. Les anciens hameaux ruraux — Kerjourden, Pennalle, Kerantré, et Ker‑Huella — se trouvent progressivement intégrés dans une couronne péri‑urbaine en pleine mutation.
Autour de 1900, Ker‑Huella n’est plus seulement un petit groupe de parcelles agricoles sur la crête : c’est un site choisi pour la construction d’un manoir moderne, conçu par André Veilhan et achevé en 1901. Le paysage conserve encore ses vergers, ses talus et ses chemins anciens, mais l’arrivée de nouvelles villas, de voies d’accès et des premiers réseaux techniques marque le passage d’un hameau rural à un quartier résidentiel structuré.
Cette période charnière révèle la transition entre deux mondes : celui des domaines agricoles du XIXᵉ siècle et celui de la ville moderne qui s’étend vers Saint‑Martin. Ker‑Huella devient alors un lieu emblématique de cette évolution, où l’histoire parcellaire ancienne rencontre l’architecture bourgeoise de la Belle Époque.

